Quelques mots réunis, somme toute banals,
Voilà pourtant un poème qui voit le jour.
Tout en mélodie, il agit comme un fanal,
Un appel à l’écouter qui émeut toujours.
Sur le seuil de la première ligne s’entrouvre
Le monde de la musique, lieu amical.
L’écrivain-musicien compose, se découvre
Derrière l’entrelacs de phrases musicales.
Il orchestre la partition de son rondeau,
Tel un maestro ou un éminent pianiste.
Dans la Mer des Alexandrins, sur son radeau,
Officie l’écrivain, mystérieux alchimiste.
Tout le nourrit : ce qu’il voit, entend et respire
Apporte les ingrédients de sa création.
Métamorphosant les émotions qui l’inspirent,
Ce musicien crée avec imagination.
De tous les émois, il en est le réceptacle,
Devient un grenier inépuisable de rêves.
Sa sensibilité, élevée au pinacle,
Peut pourtant le blesser, agissant comme un glaive.
Il jongle avec les mots, joue à l’équilibriste
Avec leurs rythmes qui impulsent la cadence.
Il plonge avec délice dans ce jeu de piste,
Guidé par d’infinies palettes de nuances.
Parfois étonné par son inventivité,
Il s’obstine dans sa quête de perfection.
À d’autres moments, manquant d’objectivité,
Il ressent l’abandon de son inspiration.
Posant sa partition avec soulagement
Autant qu’avec regret, il en a terminé.
Sa symphonie guide vers des raffinements
Où, médusés, nous nous laisserons fasciner.
De vers et de notes, surgit un paysage,
Source d’émerveillement pour tout auditeur.
L’écrivain-musicien a gagné : un passage
Au cœur même des émotions du visiteur.