Harmonie

Des sureaux en fleurs émanait une odeur tellement entêtante qu’il aurait pu la voir. Les arabesques musicales des oiseaux étaient si stridentes qu’il aurait voulu les dessiner et leur donner corps. Le vent lui murmurait des histoires si échevelées qu’il aurait su dénicher les mots exacts pour les mettre en phrases et les raconter à son tour.

La peur de perdre cet instant si particulier l’assaille. Il redoute d’oublier à quoi ressemble toute cette vie qui jaillit autour de lui, vivifiante et contagieuse.

Il s’empare promptement d’un chevalet et de ses peintures. Sa main se promène au-dessus de sa collection de pinceaux, les effleure, en apprécie la dureté ou la souplesse. Il en prend un spontanément, sûr de son choix.

Un instant, la surface vide de la toile blanche lui donne le vertige. Il y laisse errer son regard, comme pour faire surgir déjà ce qu’il ambitionne de recréer.

Mais le temps presse, l’instant trop fragile : impensable de laisser passer cette lumière volatile, ce souffle si doux, ces couleurs évanescentes.

Alors il pose sur la toile une profusion d’émotions, celles-là même qu’il a ressenties et qu’il libère sans attendre, avec audace. Le vent se laisse capturer par le panache de son pinceau, donne vie aux arbres qui ondulent déjà et s’épanouissent de mille verts, du plus profond au plus léger. Il éclaire le paysage d’une touche aérienne, lui confère cette luminosité impalpable mais si prégnante. Les oiseaux lui confient leur partition pour qu’il en traduise ses tonalités colorées. Le réalisme devient saisissant. Un foisonnement de sensations allant crescendo. Elles donnent envie de se courber par-dessus son épaule pour respirer ce décor, l’écouter et se perdre dans ses chemins creux.

Ce sont les rainettes à la nuit tombante qui le tirent de son œuvre lumineuse. La pénombre fait ressortir maintenant ce tableau rayonnant et éclatant dont émane une sérénité inégalée.

Il signe sa toile d’un bouquet champêtre, pose son pinceau, s’allonge sous les étoiles. Sa respiration se calme… Il se sent en harmonie avec l’environnement. Totalement absorbé par son rêve éveillé, il aperçoit à peine la lune diaphane se pencher avec curiosité sur sa peinture. Elle y laisse son empreinte, mais si discrète qu’au matin, il s’interrogera sur l’origine de ce léger coup de pinceau passé pourtant inaperçu.

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