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Poésie libérée

 

J’ai capturé une volée de mots :
Ils devisaient au bord du dictionnaire.
Etonnés de ma présence soudaine,
Tout refuge dans les pages fut illusoire.

Se croyant aux mains d’un négligent inculte,
Affolés, ils laissaient échapper leurs lettres.
Les barres des « t » basculaient dans le vide,
Les accents s’envolaient et les jambages cassaient.

N’ayez pas peur, mes amis ! m’exclamai-je.
Reprenez-vous et venez autour de moi.
Un peu rassurés, ils se regroupèrent enfin
Pour écrire : Que nous veux-tu ?

Les mots sont de grands craintifs :
Toujours à redouter un détournement de leur sens,
A s’inquiéter d’être incompris, méconnus,
De perdre en précision ou en nuance.

Pour les mettre en confiance,
Je sortis une feuille blanche chatoyante,
Une plume assoiffée d’encre bleue,
Avide de caresser le papier impatient.

Alors, ils vinrent s’organiser sur la page,
Se regroupant par famille, par idée.
Certains possédaient plusieurs sens,
D’autres, un sens figuré, seconde identité.

Comme ils étaient plutôt chamailleurs,
Ils firent appel à la ponctuation
Pour éviter toute cacophonie.
Je louai leurs bonnes intentions.

Bientôt, je fus à même de lire leur message.
Composé de termes élégants et ciselés,
Il nous invitait à prendre soin d’eux,
A ne pas les galvauder contre « franglais » et smileys.

 

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